le tsunami au Japon : en tirer les leçons

Tout d’abord, un grand merci à tous pour vos messages de soutien et votre sollicitude suite à la catastrophe ayant lieu au Japon. Nous sommes très touchés. Nos amis et collaborateurs du Team Zoo et de Takano Landscape Planning vont tous bien pour l’instant, ainsi que nos familles. Cependant, après le choc, c’est l’inquiétude qui s’installe.

Il nous semble déplacé de profiter de l’occasion pour lancer de grandes diatribes sur le pourquoi ou le comment de ce qui s’est passé, mais il nous faut en tirer des apprentissages. Malheureusement, cet évènement n’est pas un cas isolé, et en tant qu’architectes, urbanistes, paysagistes, il nous paraît évident que nous devons repenser nos façons de vivre. Comment doit-on construire, peut-on construire, après cela ?

Une chose dont nous sommes convaincus depuis toujours, de par nos racines et notre sensibilité, et que l’on ressent aujourd’hui avec ce tsunami dévastateur, c’est que l’on doit être modeste vis-à-vis de la nature. La culture japonaise inculque traditionnellement cette valeur, toutefois, depuis quelques années, cela s’est perdu. Les avancées technologiques semblent ouvrir tous les possibles, et même les Japonais en viennent à vouloir contrôler la nature.

Le drame qui se joue aujourd’hui marquera peut-être un retour des hommes vers l’humilité, face à sa force.

Ce qui s’est déroulé dans la région de Sendai nous démontre quelque part cette rupture des hommes avec la nature. Cela pose la question de la politique du développement territorial : les villes se sont étendues jusque dans des zones où il était jusqu’alors difficile d’habiter, les digues très bien construites et armées pour résister à des vagues de 10m de haut convainquant tout un chacun de l’absence de risques.

La nature est imprévisible : les multitudes de petites villes implantées dans les petites baies faisant face au Pacifique ont été emportées par un tsunami dont les vagues atteignaient presque 20m de hauteur. Peut-être même qu’elle s’adapte aux obstacles qu’on lui oppose. L’homme doit vivre avec elle, et non pas contre. Pourtant, le Japon, dans les pays développés, est le champion de cette philosophie. Il faut réfléchir profondément à notre manière de vivre, ici aussi, en France, et dans les pays occidentaux.

L’occupation du territoire révèle notre façon d’habiter. Aujourd’hui, plus de 50% de l’humanité vit en ville. Celles-ci s’étalent de plus en plus, ce qui est problématique :

– d’une part en terme d’investissement par les habitations et les industries de zones à risque comme vu avec l’exemple de la région de Sendai

– d’autre part, en terme de consommation d’énergie : les zones périurbaines  particulièrement, du fait des besoins importants en infrastructures de transports, et de confort individuel

En effet, ce développement à l’horizontal correspond à l’exode des habitants des centres-villes, surpeuplés et trop chers, qui, en contrepartie de leur éloignement, souhaitent trouver un plus grand confort, ce qui signifie, une propriété avec une maison, un jardin, de la tranquillité, de l’espace. Ce système représente un gâchis énorme. Par exemple à Paris, beaucoup de logements sont inoccupés et leur réhabilitation permettrait une meilleure occupation de l’espace existant ; les logements collectifs, qui sont pourtant la meilleure solution à l’économie d’énergie, souffrent d’une mauvaise image parce que finalement, ils sont souvent pensés comme des solutions à objectif quantitatif et effectif, sans volonté de rendre la vie plus agréable aux habitants.

Les conséquences du tsunami et du tremblement de terre au Japon témoignent, s’il était encore nécessaire, notre totale dépendance à l’électricité. Actuellement, c’est la panique à Tokyo, parce qu’il n’y a pas de transports en commun.

Notre consommation en énergie, dans tous les pays développés, est monstrueuse. On peut parler d’énergies propres, d’éolienne, de photovoltaïque et stigmatiser le nucléaire, cependant, si aujourd’hui, tout en en connaissant les risques, autant de pays font encore le choix de cette énergie-là, c’est parce que nous, consommateurs, avons des besoins que d’autres ne pourraient pas satisfaire. La priorité, pour nous, est donc de réduire ces derniers et d’insister sur l’économie d’énergie, pour pouvoir un jour, rompre définitivement avec le nucléaire :

– nous voyons déjà aujourd’hui les conséquences des politiques sur ce sujet dans la construction : les normes BBC, la démarche HQE, tout cela marque une première étape, qui doit trouver ses répercussions dans le changement des méthodes de construction

– mais il y a également, à plus grande échelle, tout un travail à mener sur le développement des infrastructures, le développement urbain, les transports

Pour maîtriser la consommation en énergie, il est nécessaire de maîtriser le développement du territoire, pour réduire les distances.

La notion de confort est également très importante dans la réflexion sur l’évolution des modes de vie. Elle est une des causes de la consommation d’énergie abusive.

Maintenant, le confort est standardisé, il n’est pas en relation avec l’environnement. Ainsi, les bâtiments de bureaux aujourd’hui sont tous les mêmes : vitrés, complètement fermés, le confort est recréé artificiellement à l’intérieur (climatisation, chauffage, stores automatiques, humidificateur d’air, …), un confort encore plus normé aujourd’hui avec les législations sur les économies d’énergie et l’écologie dans la construction. C’est une équation complexe, où l’on tente de baisser la consommation, tout en maintenant le même type de bâtiment, la même idée de confort,  la même manière d’habiter. Dans cette configuration, l’usager a l’impression de sacrifier une part de ses besoins, au lieu de les faire évoluer.

Le confort n’est pas quelque chose d’arrêté, de fixe. Il est dépendant du lieu, du climat, des saisons, de l’environnement : nous ne vivons pas de la même façon à Lille ou à Marseille, à Yokohama ou à Reykjavik, et pourtant, au fur et à mesure, nos immeubles, nos bureaux, nos pavillons, finissent par tous se ressembler.

Par ailleurs, il n’est pas qu’individuel : favoriser le confort à l’intérieur d’un bâtiment peut avoir des répercussions sur celui de ceux qui sont à l’extérieur de celui-ci. Par exemple, lorsque l’on climatise un immeuble, on rejette la chaleur à l’extérieur, les reflets sur les façades en verre peuvent être très gênants, les systèmes de ventilations créent des nuisances sonores importantes, etc… Cela vient à augmenter un effet de cloisonnement, où chacun va tenter d’optimiser son propre confort, au dépend de celui d’autrui. C’est une spirale sans fin.

La catastrophe du Japon nous pousse à trouver des solutions au plus vite. J’espère que mon pays lancera un message important au reste du monde sur la nécessité de vivre différemment. Aussi pénible que soit la situation actuelle, il faut en tirer les leçons et savoir rebondir pour avancer de façon positive.

First of all, we want to thank you all for your messages of support and your care following the disaster taking place in Japan. We are very touched. Our friends and co-workers of Team Zoo and Takano Landscape Planning are all safe, as well as our families. However, after shock, it is anxiety which settles down.

It seems to us uncalled-for to take the opportunity to throw big diatribes on why or how of what took place, but it feels necessary to us to draw lessons from this. Regrettably, this event is not an isolated case, and as architects, town planners, landscape designers, it is to us evident that we have to rethink our manners to live. How do we have to build, how can we build, after that?

A thing of which we are convinced for a long time, due to our roots and our sensibility, and which we feel with this devastating tsunami today, it is that we must be modest towards nature. Japanese culture inculcates traditionally this value, however, for some years, it got lost. The technological developments seem to open all the possibilities, and even the Japanese come to want to control nature.

The drama which is happening nowadays will maybe mark a return of the mankind towards  humility, in front of its strength.

What took place in the region of Sendai demonstrates us somewhere this break between men and nature. It asks the question of the territorial development policy : cities get extended to zones where it was until then difficult to live, dikes very well built and armed to resist waves of 10m of top convincing everyone of the absence of risks.

The nature is unpredictable: the multitudes of towns implanted in the small bays facing the Pacific Ocean were swept away by a tsunami which waves achieved almost 20m of height. Maybe that it even adapts itself to the obstacles which we set towards it. The man has to live with it, and not against. Nevertheless, Japan, in the developed countries, is the champion of this philosophy. It is necessary to think profoundly about our way of life, here also, in France, and in the western countries.

The land use reveals our way of living. Today, more than 50 % of the humanity lives in towns. These spread out more and more, which is problematic:

– On one hand in term of occupancy by houses and industries of high-risk areas as seen with the example of the region of Sendai

– On the other hand, in term of energy consumption: outlying suburbs particularly, because of the important needs in infrastructures of transport, and individual comfort

Indeed, this horizontal development corresponds to the exodus of the inhabitants of city centers, overpopulated and too expensive, who, in return of their estrangement, wish to find a bigger comfort, what means, a property with a house, a garden, tranquility, and space. This system represents an enormous waste. For example in Paris, many housing is idle and their rehabilitation would allow a better occupation of the existing space; the collective housing, which are nevertheless the best solution of the energy saving, suffers from a bad image because finally, they are often thought as solutions to quantitative and effective aim, without will to make life more pleasant to the inhabitants.

The consequences of the tsunami and the earthquake in Japan show, if it was still necessary, our total dependence on electricity. At present, it is panic in Tokyo, because there is no public transportation.

Our consumption in energy, in all the developed countries, is monstrous. We can speak about clean energies, about wind turbine, about photovoltaic and stigmatize nuclear power, however, if today, while knowing risks, so many countries still choose this energy, it is because us, consumers, have needs that others could not satisfy. The priority, for us, is to reduce these and to insist on the energy saving, to be able to, one day, break definitively with nuclear power:

– We already see today the consequences of the policies on this subject in construction: the BBC or HQE, all this marks a first step, which has to find its repercussions in the evolution of the methods of construction

– But there is also, on a larger scale, a whole work to lead on the development of infrastructures, the urban development, transports

To control the energy consumption, it is necessary to control the territory development, to reduce the distances.

The notion of comfort is also very important in the reflection concerning the evolution of lifestyles. It is one of the causes of the excessive energy consumption.

Now, the comfort is standardized, it is not connected to the environment. Thus, the office buildings are today all the same: glazed, completely closed, the comfort is artificially recreated inside (air conditioning, heating, automatic blinds, humidifier of air), a comfort even more normed nowadays with legislations on energy savings and ecology in the construction. It is a complex equation, where we try to lower the consumption, while maintaining the same type of building, the same idea of comfort, the same way of living. In this configuration, the user has the impression to sacrifice a part of his needs, instead of making them evolve.

The comfort is not something fixed. It is dependent on the place, on the climate, the seasons, the environment: we do not live in the same way in Lille or in Marseille, in Yokohama or in Reykjavik, and nevertheless, as one goes along, our buildings, our offices, our houses, end up all being alike.

Besides, it is not only individual: to favor the comfort inside a building can have repercussions on the comfort of those who are outside of this one. For example, when we air-condition a building, we reject  heat outside, the reflections on the glass facades can be very annoying, the ventilation systems create important noise pollutions, etc…. It comes to increase an effect of subdivision, where each person is going to try to optimize his own comfort, at the expens of the others’ one. It is an unlimited spiral.

The disaster of Japan urges us to find solutions as soon as possible. I hope that my country will deliver an important message for the rest of the world on the necessity of living differently. As painful as the current situation is, it is necessary to learn from it and to know how to bounce to advance in a positive way.

Hiroshi NARUSE

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